N°4

Moins de dix minutes après avoir donné mon accord pour le job, Mrs Black et Me Lempereur avaient pris congé et quitté l’appartement, me laissant déboussolé avec Madame pour seule compagnie. 

 

Ce n’est qu’une heure plus tard, en feuilletant la liasse des annexes au contrat que je m’avisai soudain que la vieille bique ne m’avait absolument pas indiqué comment contacter ce fameux club. 

 

Je récapitulai sur mon cahier de notes ce que je savais du Club de
la Dernière Chance : à priori, il s’agissait d’une association qui, à l’occasion, taquinait du paranormal et de l’occulte. Quel en était le but ? Qui en était les adhérents ? Mystère. Je me maudis. Un vrai amateur ! A croire qu’Action Man et sa patronne m’avaient engourdi le cerveau. 

 

Le soir venu, toujours bougon, je m’installai dans mon lit avec mon ordinateur portable sur les genoux, et partis à la recherche du Club de
la Dernière Chance sur Internet. 

 

J’appris ainsi qu’il existait un roman de Marian Keyes au titre similaire, plutôt bien noté par ses lecteurs par ailleurs. 

 

En dehors de ça et comme je m’en doutais, l’expression « la dernière chance » était accommodée à toutes les sauces allant du « match de la dernière chance » à la « réunion de la dernière chance ». Je tombai également sur un article intitulé « le club de la seconde chance » paru au JDD (un truc sur un club de vacances pour célibataires dont je notais en passant les coordonnées) et un autre sur « l’école de la seconde chance ». 

 

Mais rien sur une association du nom de Club de

la Dernière Chance. Ni site Internet, ni coordonnées postales ou téléphoniques, ni même un bête courriel de contact (une hérésie à notre époque !). Elle n’était même pas référencée sur les différents annuaires d’associations.

 

J’en venais à douter de son existence. Mon excentrique patronne n’avait-elle pas un peu forcé la dose sur les Magic Mushrooms dans ses biscuits ? L’image me fit marrer comme une baleine au grand dam de Madame que mes tressautements de rire dérangeaient dans son demi-sommeil. 

 

Reprenant un peu mon sérieux, j’abandonnai l’idée distrayante d’une Mrs Black sous hallucinogènes. Surtout, ne pas commettre l’erreur de se laisser avoir par ses airs de gentille petite vieille dynamique ! C’était avant tout une redoutable femme d’affaires armée d’un avocat. 

 

J’en revins à mon problème initial : comment mettre la main sur ce fichu club ? Avait-il une existence juridique ou était-il seulement informel ? 

 

Pris d’une inspiration subite, je me connectai au site du journal officiel « associations et comptes annuels » et trouvai mon bonheur par hasard à la rubrique « groupements d’entraide et de solidarité ». 

 

Le vendredi 13 août 2004, on avait déclaré en préfecture l’association loi 1901 « le club de la dernière chance » dont l’objet consistait « à créer un lien social et sortir de la solitude les gens victimes d’une chance hors normes à travers des groupes de paroles et divers ateliers ». 

 

Des gens victimes d’une chance hors norme ? Incroyable ! 

 

La coïncidence avec ma propre malédiction était troublante. Mrs Black ne cherchait-elle pas à me jouer un tour ? Une tour particulièrement onéreux alors, vu mes honoraires… 

 

Les renseignements indiqués sur l’avis d’enregistrement étaient pour le moins sommaires. Là encore, pas de noms ou de numéros de téléphone pour les contacter. Juste une adresse. 

 

Et lorsque j’avisai le nom de la commune et sa localisation, je décidai de ne pas écarter définitivement l’idée d’une blague. 

 

Redoussas, en Lozère, à trois heures de route d’ici. Un bled tellement paumé que ni Mappy, ni mon GPS n’arriveraient jamais à le situer. Un froid de canard, la nature hostile qui vous entoure et plus de chèvres que d’humains au kilomètre carré. 

 

Pfff, fonder un club à Redoussas… non mais j’vous jure ! 

 

Parce que, voyez-vous, il se trouve que par une chance incroyable (ahah !) je connais très bien le (tout petit) hameau de Redoussas. Trois fermes qui se courent après, des routes sinueuses à souhait, idéales pour faire vomir n’importe quel gamin normalement constitué… 

 

Notez d’ailleurs qu’à l’époque où mes parents nous y emmenaient en vacances, mes trois sœurs et moi-même avons dû baptiser chaque bas-côté de chaque virage de cette maudite route. 

 

Vous vous dites : pas de chance ? Je vous répondrais : hélas non ! Juste cette garce de génétique. Même ma mère, à son âge vénérable (cinquante-sept ans), est toujours malade en voiture. Le mal des transports est un véritable trait familial chez nous, plus sûrement partagé que la couleur des cheveux ou des yeux. 

 

Faut vraiment avoir un grain pour fonder une association dans un endroit pareil, me dis-je. 

 

Ça ou alors… 

 

Pas de noms, pas de publicité, pas de moyen de les contacter. Je n’y couperais pas ! J’allais devoir me rendre sur place dés le lendemain pour démarrer mon enquête. 

 

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